Histoire de la Géologie

HISTOIRE DES CALCAIRES DE CASTRES ET DE LABRUGUIERE

par Philippe Fauré

 

Dernières datations par les vertébrés

La stratigraphie et les discussions sur l’âge des calcaires de Castres et de Labruguière restent closes jusque dans les années 90, alors que d'importants progrès dans la datation des couches continentales sont permis par la paléontologie des micro-mammifères.
La découverte en 1994, par Sige et Marandat (in Astruc et al., 2003), d'une dent de rongeur dans un niveau argileux des Calcaires de Castres ("banc vert") du Roc de Lunel, vient confirmer l'âge de la partie supérieure des Calcaires de Castres et de Labruguière. Ce fossile est placée par Escarguel (1999, p. 250) au sein de l’espèce Protadelomys alsaticus, dont l’âge est sensiblement identique à celui du niveau-type de Boutxwiller, soit du Lutétien supérieur, autour du bio-horizon MP 13.
Nous ne reviendrons pas sur l’âge des faunes d’Issel, remis en question par les travaux de Marandat (1987), actuellement attribué au Bartonien basal, niveau MP 14, soit un âge légèrement postérieur aux Calcaires de Castres.

L’âge des parties inférieure et médiane des Calcaires de Castres demeure donc encore inconnu, entre l’Yprésien et le Lutétien supérieur.

Nota : Castéras (1965) avait souligné le caractère homologue, ainsi que les analogies de faciès, entre les Calcaires de Castres et les Calcaires d’Agel, du Minervois. Ces derniers sont actuellement datés du Cuisien supérieur, niveau MP 10 (= Yprésien supérieur) par des micromammifères (Marandat, 1986). Ces datations sont confirmées par Escarguel (1999). 


Dernières datations par les mollusques

Les travaux portant sur les faunes malacologiques des formations lacustres continentales sont rares à ce jour. Vasseur, puis Roman, avaient parfaitement identifié les faunes malacologiques du Castrais à celles du Calcaire grossier supérieur, dont l’âge lutétien supérieur, voire terminal, est confirmé depuis par Abrard (1925). Mais ces datations reposaient sur la seule présence du Planorbis pseudoammonius. On sait maintenant que ce fossile est en fait présent dans la totalité de l’étage (Crochet, 1991).
Des précisions importantes sur les faunes malacologiques du Calcaire de Castres sont apportées par Crochet (1977), qui montre, notamment, que le « Planorbis » castrensis de Noulet n’est pas une espèce distincte du « Planorbis » pseudoammonius. Leurs gisements sont identiques et leurs différences restent dans le cadre de la variation intraspécifique.

Vasseur utilise le terme de Planorbis castrensis pour désigner une coquille distincte présente du Bartonien au Ludien inférieur du Castrais pour laquelle, par souci de clarification, Roman (1904) créera l’espèce Planorbis vasseuri.

On évoquera aussi les travaux de Schnabel (2007) qui, dans une étude synthétique très documentée sur les  Filholiidae du Tertiaire, évoque le Triptychia (T. ?) rouxi décrit par Noulet (1868) dans le Calcaire de Castres (= Clausilia rouxi Noulet). Mais le gisement de ce fossile y est placé à MP ?11 (au lieu de MP 13) et le locus typicus de cette espèce, qu’il reste encore à figurer, est curieusement situé à Sabarat (Ariège).

Pour mémoire, Crochet (1991), d’après une publication de Ruffle & Haubold (1983) sur l’Eocène de Geiseltal, pense que Biomphalaria pseudoammonius et Galba michelini pourraient être strictement cantonnés à la base du Calcaire grossier supérieur du Bassin parisien.

Mollusques lutétiens des Cakcaires de Castres et de Labruguière


Le Causse des géographes

Le géographe de Lille Georges Baeckeroot étudie à plusieurs reprises la « fosse de subsidence » située à l’angle des Massifs de l’Agout et de la Montagne Noire. Le calcaire lacustre de Castres y est fragmenté en trois compartiments distincts « par les mouvements tectoniques pyrénéens post-lutétiens » supportant chacun un « petit causse » nettement différencié (1955a, b) (figure ci-dessous) :
- Le causse couvert d’Aiguefonde – Lacalm, en piémont de la Montagne Noire, recouvert par des épandages quaternaires relevant de deux périodes glaciaires successives ;
- Le causse nu de Labruguière – Augmontel, dépourvu de toute couverture ;
- Le causse couvert de Saint-Hippolyte, horst basculé limité par des failles normales, couvert par des formations argileuses à graviers d’origine latéritique solifluées des pentes du massif de l’Agout. Il en décrit le modelé karstique : dépression circulaire de Lamouzié, dépression semi-circulaire de Gourjade « dans laquelle s’est logée une boucle de l’Agout et vers laquelle convergent des vallons secs à fond plat, véritables dolines…. ».
Fait d’importance, il est le premier à mentionner l’origine algaire des nodules concrétionnés (les priapolites) (1953a).



Les petits causses du Castrais, d'après Baekeroot, 1955. I(3) : causse couvert de Saint-Hippolyte ; II(2) : causse nu de Labruguière – Augmontel ; III(4) : causse couvert d’Aiguefonde – Lacalm.


Le Causse des sédimentologistes

Mouline aborde longuement divers aspects sédimentologiques et lithostratigraphiques) des « Calcaires de Castres et de Labruguière ». Dès 1966, il en ébauche une première cartographie et étudie tout particulièrement la répartition paléogéographique et la signification paléo-environnementale des « formations stromatolithiques ». Ces concrétions attribuables à des algues cyanophycées revêtent les aspects les plus divers, « revêtements stromatolitiques, gâteaux d’algues, sphérolithes pisolithiques, priapolithes cylindriques ». Leur présence est mise en rapport avec le développement d’herbiers à Schizéacées.

Dans sa thèse (1989), il reconnaît trois ensembles sédimentaires superposés principaux :
- Les Calcaires de Castres et de Labruguière inférieurs, dont seule la partie supérieure est visible dans la vallée du Thoré et que couronnent les Lignites d’en Gasc.
- Les Calcaires de Castres et de Labruguière moyens, que surmontent des argiles carbonatées  rouges : les Argiles du Rieu-Favié.
- Les Calcaires de Castres et de Labruguière supérieurs qui passent d’une manière continue au lithofaciès bartonien. Ces niveaux supérieurs seraient seuls représentés dans les Calcaires d’Escoussens.

Découpage lithostratigraphique des ensembles du Calcaire de Castres, d'après Mouline, 1989, fig. 138.
0-1. Argiles de la base des calcairs ; 2 : Calcaires inférieurs contenant les Lignites d'en Gasc ; 3. Calcaires moyens ; 4 ; Argiles de Rieu Favié ; 5. Calcaires supérieurs ; 6. Argiles d'Hauterive (Bartonien).

Malgré leur homogénéité apparente, les faciès carbonatés sont très diversifiés dans le détail et montrent l’empilement de séquences sédimentaires séparées par des discontinuités témoins d’autant d’arrêts de sédimentation. La diversité des faciès, alternativement argilo-détritiques et franchement carbonatés, lacustres francs ou palustres, est mise en relation avec des alternances de périodes climatiques à tendance pluviale et de périodes à tendance aride.

Plusieurs sondages lui permettent de délimiter l’étendu du « Lac de Castres », environ 30 km dans le sens est-ouest. Dans l’axe de subsidence « aulacogénique » Aiguefonde-Vielmur, son épaisseur approche 100 m. Il transgresse les Argiles à graviers vers le Nord et, vers le Sud, bien qu’il ne disparaisse pas au contact du front de la Montagne Noire, se réduit nettement « entre Escoussens et Revel, où il existe une ligne au delà de laquelle les calcaires ne se sont pas déposés ».
Contrairement à ses prédécesseurs qui admettaient que les Grès d’Issel passait latéralement au Calcaire de Revel, il arrive à la conclusion que les grès passent sous le Calcaire de Castres (de Revel) (il se ravise en 1997 sur la feuille de Revel au 1/50000, pour les faire passer au-dessus).

Crochet (1991) était arrivé à une conclusion identique par l’étude des formations syntectoniques de la « Série de Palassou » sous-pyrénéenne en montran bien que les Grès d’Issel (qui appartiennent à sa deuxième unité tectono-sédimentaire), se sont avancés en transgression discordante manifeste sur les Calcaires de Revel « comme les Molasses de Saix sur les Calcaires du Causse de Labruguière »*. Les Calcaires de Castres qui font partie de sa première unité (« UCLI ») y sont mis en équivalence latérale naturelle, par cet auteur avec… les Calcaires de Ventenac du Cabardès (dont l’âge Cuisien inférieur est pourtant bien établi par des fossiles de micro-mammifères).
* Voir plus haut, remarque dans le chapitre sur Caraven-Cachin

 
Le Causse des cartographes

L’analyse sédimentologique détaillée des séries tertiaires est l’occasion pour Mouline de réviser les contours géologiques du Calcaire de Castres, cette fois à l’échelle du 1/50000ème, sur les feuilles de Mazamet (Debat et al., 1979), de Revel (Demange et al., 1997) et de Castres (Guérangé-Lozes et al., 2005).
Reprenant ses travaux antérieurs dans les différentes notices, il apporte cependant quelques précisions et compléments d’étude. Il est vrai que, entre temps, l’âge des Grès d’Issel vient d’être réévalué par Marandat (1987) et situé dans le Bartonien inférieur.
Mouline, sur la feuille de Revel (1997), admet maintenant que les Calcaires de Revel, sont « clairement surmontés par les Grès d’Issel » et qu’ils font suite en concordance au deuxième cycle des Argiles à graviers. A l’Est de Saint-Ferréol, ils sont surmontés par le complexe discordant des « Brèches mortadelle », du même âge que les Grès d’Issel. Enfin, il admet la contemporanéité des Calcaires de Castres et de Revel.

La révision (inédite) de la feuille de Mazamet au 1/50 000 est l’occasion pour Demange (2014) d’une révision de la stratigraphie du Calcaire de Castres. L’analyse séquentielle lui montre que l’on peut distinguer quatre grandes périodes sédimentaires: 1/ remplissage du lac, 2/ son approfondissement ; 3/ une tendance à l’exondation avec reprise d’érosion des reliefs du Paléo-Massif-Central qui libèrent des argiles rouges ; 4/ une remise en eau du bassin, avec transgression vers le Nord puis tendance à l’exondation générale et apparition de dépôts palustres.

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Bibliographie des formations tertiaire du Castrais et de l'Albigeois