Histoire de la Géologie

Les Conglomérats de la Grésigne, témoins de la chronologie des évènements tectoniques


La liaison entre le plissement de l’anticlinorium de la Grésigne et son évidemment par l’érosion, avec accumulation d’un talus conglomératique sur son pourtour méridional, est apparu depuis longtemps comme une évidence. Les Conglomérats de la Grésigne reposent en forte discordance sur le substratum jurassique, sont eux-mêmes chevauchés par le Mésozoïque et le Permien du cœur du pli, et passent latéralement aux formations molassiques oligocènes. Les rapports entre molasses et conglomérats, dont découle l’âge du plissement de la Grésigne, ont fait l’objet de longues discutions.


Stades de formation du pli de la Grésigne et position des conglomérats syntectoniques de la Grésigne, d'après Durand-Delga (1979). Tr, Trias ; L, Lias ; D, Dogger ; Eo, conglomérats éocènes



De Boucheporn (1848) avait reconnu le « poudingue d’alluvion sur la pente de la Grésigne …. formé de galets d’origine locale ». Il occuperait un « ancien fond de vallée » formé lors du « mouvement des Pyrénées » et est conduit à placer ce poudingue au-dessus de la molasse voisine. De façon prémonitoire, il « sent, au reste, combien ce sujet est délicat et d’une induction difficile ».
Les « poudingues à éléments arrondis et brèches à éléments anguleux » de la vallée de la Vère, déposés «sur le bord de lacs… au pied de fortes pentes » sont reconnus par Rey-Lescure (1874-75)
A sa suite, Caraven-Cachin (1898) reconnait dans ces conglomérats la superposition de plusieurs faciès : « brèches (de la Forêt de Garrigue) ferrugineuses à éléments jurassiques » et les « Brèches (du Camp-Rouge) à fragments de calcaire du Lias, plaquettes de grès permiens… ». Ces brèches sont bien mises en relation « avec la proximité des failles » et sont particulièrement fréquentes dans son « Sous-étage Varénien », qu’il place à la fin de l’Oligocène.

Blayac 1889-99 considère d’abord les conglomérats de la Grésigne comme « inférieurs aux dépôts mollassiques » oligocènes puis se ravise (Vasseur et Blayac, feuille Montauban, 1901) et juge l’ensemble formé par les Conglomérats de la Grésigne et des Argiles à Graviers comme un faciès « littoral » des formations calcaréo-molassiques des Calcaires de Cordes auxquels ils passent latéralement. Il admettent alors leur âge Oligocène (Sannoisien à Stampien), hypothèse qui sera figurée par les schémas de corrélation des formations tertiaires de (Blayac, 1930).

Ellenberger (1937) précise l'âge Stampien supérieur des conglomérats en raison de leur passage latéral aux Calcaires inférieur de Donnazac sur la bordure sud-est de la Grésigne et de leur indentation dans les Molasses du Montalbanais, au Sud-Ouest.
En 1938, il introduit le terme de « Conglomérats de la Grésigne » pour les désigner et étudie tout spécialement la répartition, la composition et la sédimentologie de la formation. Considérant le chevauchement des conglomérats par les formations mésozoïques de la Grésigne, il lui apparaît « indéniable que des mouvements post-stampiens se sont produits après le dépôt des conglomérats et que le relief actuel de la Grésigne pourrait être d’origine récente … un contre-coup du paroxysme aquitanien, achèvement des mouvements stampiens d’origine pyrénéenne ».

Gèze et Durand-Delga (1943), puis Durand-Delga (1979) considèrent que les conglomérats sont plus anciens car la Molasse oligocène et les Calcaires de Cordes les surmontent.
Ce que confirment les travaux de Chellai (1982) en montrant qu’un équivalent latéral des conglomérats (Argiles de Campagnac-Vindrac) renferme des gastéropodes d’âge Bartonien-Ludien inférieur (connus depuis Noulet, 1867) et que, par ailleurs, ils sont recouverts par l’Oligocène moyen horizontal (Stampien supérieur, non terminal) daté par des micromammifères.
L’épisode tectonique compressif final se situerait à l’Eocène moyen-supérieur et serait lié à la phase pyrénéenne.

Rapports entre les conglomérats de la Grésigne et les molasses de l'Albigeois, d'après Durand-Delga (1979).
1, conglomérats de la Grésigne ; 2 et 4, molasses oligocènes ; 3, Calcaires de Cordes ;
5, Calcaires de Castelnau de Montmiral

Cette hypothèse est mise en doute par  Muratet (1983) qui constate que les Conglomérat du versant oriental de la Grésigne (Conglomérats de La Treyne) sont strictement intercalés entre les Calcaires de Varen, nouvellement datés du Ludien supérieur, et les Calcaires de Cordes, d’âge Stampien terminal et qu’ils passent latéralement à une molasse sableuse régionalement attribuée à la base du Stampien supérieur.
L’épisode tectonique s’étagerait au moins du Ludien au Stampien moyen.

Dauch (1988) qui synthétise toutes les données stratigraphiques géométrique et paléontologiques, va plus loin et est amené à conclure au passage latéral de faciès entre les conglomérats et les formations molassiques oligocènes. Il retourne implicitement à l’hypothèse de Ellenberger (1938).

Pour Muratet  et Cavelier (1992) la présence dans le conglomérat de gastéropodes d’âge stampien (Georgia cadurcensis), dont la présence exclue l’Eocène, est en faveur de leur attribution au seul Oligocène. Ils ne pourraient être tenus comme contemporain de la « phase de compression pyrénéenne ».

Cette hypothèse n’est pas suivie par Astruc et al. (2000) qui considèrent qu’une partie des conglomérats passe latéralement au molasses oligocènes et relèvent d’écoulements post-orogéniques, la masse des conglomérats syntectoniques étant de ce fait essentiellement d’âge Eocène « en les faisant débuter au Paléocène ( ?) – Eocène inférieur ». Ils réfutent ainsi tout mouvement compressif situé dans l’Oligocène ce qui s’accorde avec la chronologie admise des évènements tectoniques données, notamment par la microtectonique (Bonijoly, 1980).

Les « Conglomérats de la Grésigne » et le plissement de l’anticlinorium de la Grésigne sont ainsi à mettre en relation avec les phases tectoniques itératives du domaine pyrénéen.

 

Bibliographie : lien vers Bibliographie du Massif de la Grésigne

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