Biographies

Bernard Gèze , géologue, hydrogéologue (Toulouse 1913 – Paris 1996)

D’une vieille famille parternelle toulousaine mais venue du Gers, et de famille maternelle gaillacoise, il suivit les affectations de son père, agronome botaniste, dans les services agricoles de Villefranche-de-Rouergue puis de Montpellier, où il fit ses études secondaires puis « spéciales ».
Elève du Professeur Thoral, il intégra l’Institut Agronomique (Paris, 1931), en sortit Ingénieur Agronome (1934) puis passa la Licence de Sciences Naturelles (1937) à la Sorbonne.
Assistant « répétiteur » de Géologie avec le Pr. Arambourg à l’Institut National d’Agronomie dès 1935 - avec une interruption pendant la « Drôle de Guerre » (1939-1945) comme Officier géologue du Corps d’Armée de Nancy - il devint Assistant du Professeur Paul Fallot au Collège de France (1942-1951), période de préparation de sa thèse de Doctorat d’Etat (Sorbonne, 1949) sur la Montagne Noire.
Parallèlement, il fut Chargé de cours puis Professeur de Géologie à l’Ecole Nationale d’Agriculture de Montpellier (jusqu’en 1952). Il succéda au Professeur P. Lamare, à l’Agro, en 1954 et y restera jusqu’à sa retraite en 1982. Pendant cette période, on le trouve occasionnellement Chargé de Cours à la Sorbonne (laboratoire de Géologie dynamique) et à l’ORSTOM.
Il présida en 1953 la Société géologique de France (sans aucun doute l’un des plus jeunes de l’histoire depuis 1830 !). Il fut Membre, Correspondant puis Titulaire, de l’Académie d’Agriculture de France.

TRAVAUX

Géologie structurale :

- Etude de la Montagne Noire s.l. (de Revel à Lodève-Bédarieux) de 1938 à 1948 ; il en prouve le caractère allochtone du flanc sud, à cette époque décrié par les augures, et surtout le renversement presque général des séries paléozoïques (nappes hercyniennes de Pardailhan et de Faugères, pour lui venues du Sud - ce qui a été modifié par la suite - ). Une réunion extraordinaire de la Société de Géologie de France en 1950 vit l’acceptation générale de ses conclusions allochtonistes. Sa cartographie d’une belle feuille au 200.000ème (prix Victor Raulin, Académie des Sciences, 1949) et son mémoire imprimé à la Société géologique (prix James Hall, Acad. Sci., 1951) l’en récompensèrent.

- Etude de l’arc de Nice, cartographié de 1955 à 1962. Un article dans le Livre mémoire P. Fallot (1963) lui permet de décrire l’empilement structural de la couverture secondaire au-dessus du Trias gypsifère, décollé du socle de l’Argentera-Mercantour. Il définit ainsi ses « nappes à enracinement frontal », bel exemple de tectonique par gravité.

Hydrogéologie et spéléologie du karst :

Cet aspect domine l’activité de Gèze. Ébauchée avant 1940, elle se développe après 1960. Il est le créateur de la Spéléologie scientifique (physique) en France.

Il réalise d’abord une excellente étude hydrogéologique et morphotectonique du Quercy (Diplôme d’Etudes Supérieure, Paris, 1937), décrivant les cavités, en particulier les gouffres à phosphates, sur lesquels il reviendra à plusieurs reprises. Il est considéré comme le mentor de la reprise de l’étude de ces phosphates dont l’âge est activement recherché par les vertébristes (Colloque de Limogne « Journées B. Gèze », 2005).

Il étudia (1932-36) les gouffres du Bas-Languedoc et publia en 1937 un important article sur les sources vauclusiennes (1er congrès national de Spéléologie de Mazamet, 1937). La capture des eaux du Thoré par le Jaur méditerranéen (1948) fut argumentée géologiquement.
En 1945, il obtint du BRGM un service-inventaire des cavités naturelles de France.

De même fit-il créer une commission « horizontale » de Spéléologie au CNRS (1945-1978), qu’il présida de 1965 à 1976. Elle décida la création du Laboratoire souterrain de Moulis (Ariège), dont il présida (1966-1976) le Comité de Direction, en soutenant 4 thèses de Doctorat d’Etat, dont celle d’Alain Mangin, qui devait diriger le Centre par la suite.

Gèze joua un grand rôle éditorialiste aux « Annales de Spéléologie » (1946 à 1976). Secrétaire général du 1er Congrès spéléologique International (Paris, 1953), que suivit la création en 1965 de l’Union International de Spéléologie, il dirigea celle-ci pendant 8 ans, étant élu Président d’honneur fondateur en 1973.
Il exprimera sa pensée sur ce domaine dans « La Spéléologie scientifique » (Le Seuil, 1965).
Une centaine de publications couvrent cet aspect essentiel de l’activité de Gèze.
Ayant obtenu d’entrée (1937) le prix Martel de la Société de Géographie, sa carrière fut suivie par un numéro de « Spélunca » (1996) à sa mémoire.

Autres activités :

- Pédologie géologique : il s’intéressa à la cartographie des sols ; la carte de France, avec J. Dupuis, s’élaborant dans son laboratoire de l’Agro. Il réalisa des travaux personnels dans le Bas-Languedoc et au Liban, dont il donna (1956) une carte pédologique de reconnaissance. Il jeta le regard du géologue, insistant sur les épisodes de « paléo-pédologie » (terra rossa, …).

- Volcanologie : d’abord intéressé (1937 à 1974) par le volcanisme plio-quaternaire des Grands Causses et du Bas-Languedoc, il participa à maintes expéditions collectives au Cameroun (1939). Il en tira un important ouvrage qu’il présenta en 1943 comme thèse de l’Université de Toulouse, au Tibesti tchadien (1956-57), dans diverses îles atlantiques et en Océanie (1966). A ce titre, il fut membre du Comité National Français de Géologie-Géophysique, dont il présida (1961-67) la section volcanologie.

- Cartographie : remarquable cartographe, précis et rapide, dessinant à merveille coupes et paysages. Pendant quatre décennies, il se consacra à la révision (2è et 3è édition) de dix feuilles à 1/80.000 et du lever de 5 feuilles de la nouvelle carte à 1/50.000, essentiellement en pays calcaire jurassique. Il était Collaborateur Principal du Service géologique national. On retiendra particulièrement ses levers sur Castres, Montauban et Cahors (1/80.000).

Les voyages de Gèze l’amenèrent en maints endroits des cinq continents, essentiellement dans les buts hydrogéologiques-spéléologiques. Il est l’auteur de plus de 300 contributions variées.

Michel DURAND-DELGA, 2008

 

Pour en savoir plus :

M. Durand-Delga (1997) - A travers Bernard Gèze (1913-1996) : Aspects de la géologie parisienne au milieu du 20e siècle. Travaux du Comité français d'Histoire de la Géologie (COFRHIGEO), 3eme ser., t. XI, n° 3, p. 69-83.
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Bernard Gèze. Numéro spécial de Spelunca, 1997, n° 65, p. 21-44.